Medicilline
Fiche pratique IANuméro du 1 septembre 2026

Vérifier une référence donnée par une IA

Le prompt qui fait déclarer l'incertitude plutôt que la combler — et la vérification en cinq étapes, parce qu'un DOI qui s'ouvre ne prouve rien.

Six revues de littérature ont été demandées à GPT-4o, puis chacune de leurs 176 citations a été vérifiée une par une (JMIR Mental Health, 12 novembre 2025). Trente-cinq étaient fabriquées — 19,9 %. Deux résultats comptent pour la pratique : le taux monte avec la précision de la question (17 % sur une revue générale, 46 % sur une revue spécialisée du même trouble), et parmi les références inventées assorties d'un DOI, 64 % de ces DOI fonctionnaient et menaient à un article réel sans rapport. Le geste de vérification qu'on croit faire — cliquer sur le lien — est précisément celui qui rassure à tort.

Un médecin consulte la littérature sur son ordinateur en prenant des notes
Photo : Thirdman — Pexels
Fiche en cinq étapes : vérifier une référence donnée par une IA

Les cinq gestes dans l'ordre, format A4, prête à imprimer et à afficher près du poste.

Un cas, ligne par ligne

Le cas d'usage : cinq références demandées, cinq vérifications

Cas fictif construit pour la démonstration — aucune requête réelle n'est reproduite ici, et les références ci-dessous sont des exemples de profils d'erreur, pas des citations à réutiliser. Un praticien demande à un modèle généraliste les données récentes sur un sujet de sa spécialité, puis vérifie les cinq références produites selon le protocole. Voici ce que chaque vérification donne, et ce qu'elle coûte en temps.

  • Référence 1 — revue majeure, sujet large

    Le titre existe, les auteurs correspondent, l'année est juste. Trouvée en dix secondes dans PubMed.

    Ce que ça change — Utilisable. C'est le profil le plus fréquent sur une question générale — celui qui installe la confiance pour les suivantes.

  • Référence 2 — DOI fourni, question spécialisée

    Le DOI s'ouvre sur un article réel, publié dans la bonne revue, mais qui traite d'un autre sujet. Le titre annoncé, lui, ne donne aucun résultat.

    Ce que ça change — C'est le cas majoritaire parmi les références fabriquées : 64 % de leurs DOI fonctionnent. Cliquer sur le lien aurait confirmé l'erreur au lieu de la révéler.

  • Référence 3 — DOI inexistant

    Le DOI ne résout pas. Le titre est introuvable dans PubMed comme dans Google Scholar.

    Ce que ça change — Le seul cas franc : le lien mort se voit tout de suite. C'est aussi le moins fréquent (36 % des DOI fabriqués).

  • Référence 4 — article réel, propos déformé

    L'article existe et le titre est exact, mais le résumé ne dit pas ce que le modèle lui fait dire : l'étude est rétrospective, la conclusion présentée comme causale.

    Ce que ça change — Une vérification qui s'arrête à « l'article existe » valide cette référence. Il faut lire le résumé, pas seulement retrouver le titre.

  • Référence 5 — après relance du prompt

    Interrogé avec la consigne « écris : aucune référence certaine si tu n'es pas sûr », le modèle retire la référence et signale l'incertitude.

    Ce que ça change — L'affirmation reste, la fausse caution disparaît. C'est tout ce que le prompt peut faire : il ne rend pas le modèle savant, il l'empêche de combler.

Deux références sur cinq inutilisables, dont une seule détectable au clic. Le temps de vérification complet — cinq titres cherchés, deux résumés lus — tourne autour de dix minutes ; c'est le prix d'une bibliographie qu'on peut citer.

Le piège en quatre temps : question pointue, référence produite, DOI qui s'ouvre, vérification par le titre
La forme d'une référence fabriquée est irréprochable — auteurs, revue, année, DOI. C'est ce qui la rend indétectable à la lecture.

Prompt complet

RÈGLE DE SOURÇAGE — à poser AVANT la question, pas après.

Tu réponds à une question médicale. Pour chaque affirmation factuelle
— chiffre, effet, recommandation, comparaison — tu donnes la référence
qui la porte, AVANT l'affirmation elle-même.

CE QUE TU FAIS QUAND TU N'ES PAS SÛR
Tu écris exactement : « aucune référence certaine ».
Tu ne proposes alors NI auteur, NI revue, NI année, NI DOI, même
plausibles. Une référence approximative est pire qu'une absence de
référence : elle se vérifie mal et elle rassure à tort.

FORMAT DE CHAQUE RÉFÉRENCE
  TITRE EXACT de l'article, entre guillemets, tel qu'il est publié.
  Premier auteur, revue, année.
  DOI seulement si tu en es certain ; sinon « DOI non fourni ».
Le titre passe avant tout le reste : c'est lui qui sert à vérifier.

CE QUE TU N'AS PAS LE DROIT DE FAIRE
- Reconstituer un titre à partir du sujet. Un titre « qui ressemble à »
  un vrai titre est une fabrication.
- Fournir un DOI que tu n'as pas mémorisé tel quel.
- Attribuer une affirmation à une revue prestigieuse par défaut.
- Transformer une association en causalité, ou un résultat
  préliminaire en recommandation.

CLASSEMENT OBLIGATOIRE EN FIN DE RÉPONSE
Sous le titre « NIVEAU DE CERTITUDE », range chaque affirmation dans
l'une des trois catégories, sans exception :
  A — référence précise dont je suis certain
  B — je sais que la donnée existe, je ne sais pas la référencer
  C — je ne suis sûr de rien ici

AVERTISSEMENT À REPRODUIRE TEL QUEL
Termine par : « Toutes les références ci-dessus doivent être vérifiées
par leur TITRE dans PubMed. Un DOI qui s'ouvre ne prouve pas que la
référence corresponde à ce qui est affirmé. »

MA QUESTION :
[posez ici votre question, sans donnée patient]

Comment s'en servir

  1. 1Posez le prompt avant la question, pas après. Une fois qu'un modèle a produit une référence plausible, lui demander « es-tu sûr ? » ne fait le plus souvent que produire une seconde version tout aussi plausible.
  2. 2Copiez le titre annoncé, entre guillemets, dans PubMed. Zéro résultat : la référence n'existe pas, quel que soit l'aspect du DOI.
  3. 3Ne cliquez sur le DOI qu'après avoir retrouvé le titre. Le lien confirme l'identité d'un article que vous avez déjà trouvé ; il ne prouve jamais qu'un article annoncé existe.
  4. 4Lisez au moins le résumé de chaque référence retenue. Une référence réelle peut être citée à contresens — c'est l'erreur que la recherche par titre ne détecte pas.
  5. 5Redoublez de prudence quand votre question est pointue. Le taux de fabrication mesuré passe de 17 % à 46 % entre une question générale et une question spécialisée sur le même sujet.

Les visuels du numéro

Références fabriquées : 17 % sur une revue générale contre 46 % sur une revue spécialisée du même trouble
Sur l'hyperphagie boulimique, 36 citations de revues générales contre 24 de revues spécialisées (P = .01). Le contraste porte sur un seul trouble : il indique un sens, pas une amplitude générale.
Le piège en quatre temps : question pointue, référence produite, DOI qui s'ouvre, vérification par le titre
Linardon J. et al., JMIR Mental Health, 12 novembre 2025 — 176 citations vérifiées une par une.

Ce que ça ne fait pas

  • Ce prompt ne fiabilise pas le modèle. Il réduit la fabrication en autorisant explicitement l'aveu d'ignorance ; il ne la supprime pas, et la vérification reste obligatoire.
  • L'étude d'origine porte sur des revues de littérature en santé mentale produites par un modèle unique. Les taux cités ne se transposent tels quels ni à une autre spécialité, ni à un autre modèle, ni à un outil doté d'une recherche documentaire intégrée.
  • Un outil qui interroge réellement une base bibliographique (moteur de recherche académique, assistant adossé à PubMed) change complètement le profil d'erreur. Le protocole ci-dessus vise le cas d'un modèle qui répond de mémoire.
  • La vérification par titre ne dit rien de la qualité de l'étude retrouvée : effectif, méthode, conflits d'intérêts et niveau de preuve restent entièrement à votre charge.
  • Aucune donnée patient n'a sa place dans une requête bibliographique, même pour « contextualiser » la question.

Sources

Page annexe d'une newsletter Médicilline. Elle n'est pas référencée et n'apparaît pas dans la navigation du site — vous y accédez par le lien reçu par email, qui restera valide.